Lorsque l’on analyse le traitement de la crise à travers le prisme de la théorie des trois cerveaux, on peut légitimement se demander si nos dirigeants politiques comme nos experts en santé publique n’ont pas réagi uniquement avec la partie paléolimbique de leur cerveau. Ils ont en effet poussé à l’extrême le notion de soumission du groupe des français en agitant le chiffon rouge de la peur et en garantissant à travers leurs préconisations une gestion maitrisée de la situation.
Ainsi en pure simplification car naturellement les choses sont plus complexes, le passage à l’autre monde est aussi le passage de l’utilisation du néocortex de façon plus fréquente et l’abandon progressif au recours à la partie paléolimbique du cerveau.
La proposition du passage de la domination à l’adhésion constitue un bouleversement radical de paradigme. Ce changement de paradigme est attendu par les citoyens. Le mouvement des gilets jaunes, qu’il faut analyser lors de son émergence, même s’il a été dénaturé par la suite sous l’effet des tentatives de récupération politique, a marqué une volonté majoritaire de remise en cause des inégalités, de prise en compte de la parole des individus dans le cadre du RIC, du besoin de considération de tout le monde.
La crise sanitaire est ensuite venue nous rappeler que tous les métiers sont indispensables pour le fonctionnement de la société et pour le vivre ensemble. Ainsi, les fondamentaux d’une autre façon d’exercer le pouvoir semblent aujourd’hui réunis et même si le changement ne pourra être que progressif et qu’il ne faut pas attendre le « grand soir » le changement est en route.
Dans l’hypothèse où une troisième vague de la pandémie survenait, le gouvernement ne pourra pas mettre en place les mesures qu’il a imposées lors de l’arrivée de l’épidémie. Les recommandations du conseil scientifique ne seront pas acceptées par l’opinion compte tenu des omissions et approximations de la première vague. Les mesures devront être expliquées et, comme cela a déjà été demandé par certains parlementaires, une consultation a minima de la représentation nationale devra précéder l’édiction des mesures.
L’épisode très particulier de la pandémie peut servir de référence pour la construction d’un exercice du pouvoir plus partagé, plus en adéquation avec les attentes de la population. La convention citoyenne sur le climat est un exemple de ce qui peut être imaginé pour construire une autre façon d’associer les citoyens à la décision sans pour autant considérer que 150 citoyens détiennent la vérité. Ainsi s’agissant des propositions de la convention, il eut été pertinent de les soumettre à l’ensemble des français qui auraient accepté de se prononcer pour que des propositions émanant de quelques-uns puissent être partagées par un plus grand nombre. Les outils numériques nous permettent ainsi de rentrer dans un processus coopératif qui a un double effet. Il a d’abord des vertus pédagogiques car il oblige à expliquer les enjeux et à présenter l’état de l’art dans le domaine de la recherche, ensuite il réduit sensiblement la contestation dans la mesure où il offre la possibilité à chacun d’exprimer sa position.
Le principe de l’exercice du pouvoir du dominant sur le dominé qui a prévalu jusqu’à présent doit être réinterrogé à l’aune de la formule d’Hannah Arendt :
« Le pouvoir jaillit parmi les hommes quand ils agissent ensemble »